← Toutes les réflexions

Le piège de la superwoman

Conditionnement · Corps · Identité

Le piège de la superwoman

20 mars 2026

Elle s'est glissée dans tous mes modes de fonctionnement. Il m'a fallu longtemps pour la voir. Le modèle super-woman, pour ma génération, c'était une conquête. Mais ce que personne ne disait, c'est que ce modèle repose sur une illusion : que tout porter seule est une force.

Récemment, une amie m'a dit quelque chose qui m'a arrêtée : « On a été conditionnées à ça. La parfaite business woman, celle qui gère tout, qui ne lâche rien, qui ne montre jamais qu'elle fatigue. »

Et j'ai réalisé que oui : j'en étais fière.

Fière de tout porter. 17 ans en banque américaine, 17 ans à la tête de ma propre entreprise. Les enfants, la stratégie, les chiffres, les équipes. Tout en même temps. Sans me plaindre.

On se battait pour prouver qu'on pouvait faire aussi bien que les hommes — et même mieux, parce qu'on faisait tout le reste en plus.

Mais ce que personne ne disait, c'est que ce modèle repose sur une illusion : que tout porter seule est une force. Alors que c'est juste de la survie déguisée en performance.

Le plus pervers, c'est que si tu craques, le modèle te dit que c'est toi le problème. Pas assez forte. Pas assez organisée. Pas assez. Et si tu ne craques pas ? L'entourage te renvoie au même piège : « Mais non, elle est forte, elle sait gérer, elle gérera encore. »

Personne ne te donne la permission de lâcher. Or la vie n'est pas un combat…

Un jour, mon corps a tranché. Il s'est effondré.

Pas parce que j'étais faible. Parce que le modèle appris est intenable.

La vraie force n'est pas de tout faire seul.e. Elle est dans le lien sincère et l'entraide réciproque. Pas dans les postures.

Ironiquement, c'est quelque chose que j'ai toujours su dans mon travail. J'ai toujours pensé en collectif, en participatif. Mais pour moi-même ? J'appliquais l'ancien modèle dans toutes les facettes de ma vie… les résumant à du management.

Il m'a fallu du temps pour le voir et intégrer que la super-woman n'était pas un accomplissement. Sortir pas à pas des automatismes. C'était un conditionnement, une fausse identité. Brillant, valorisant probablement vis-à-vis de l'extérieur mais épuisant intérieurement.

Portrait à Cuba, dans un séchoir à tabac
📷 Cuba, 2019
📸 Cuba, 2019