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Sous la ligne de flottaison

LE PACTE INVISIBLE · SYSTÈMES · ÉMERGENCE

Sous la ligne de flottaison

29 septembre 2026

Voilà comment, aujourd'hui, je me représente une partie du chaos que nous traversons. Une multitude de choses minuscules, souvent invisibles ou devenues tellement habituelles que nous ne les remarquons plus, agissent sous la ligne de flottaison.

Voilà comment, aujourd'hui, je me représente une partie du chaos que nous traversons.

Une multitude de choses minuscules, souvent invisibles ou devenues tellement habituelles que nous ne les remarquons plus, agissent sous la ligne de flottaison.

Elles se traduisent au quotidien, notamment par la répétition, dans nos gestes, nos relations, nos décisions, nos organisations, nos systèmes. Et, mises bout à bout, elles participent aussi à ce que nous voyons émerger à la surface.

Iceberg peint : mots gravés dans la glace à gauche, mots flottant dans la lumière à droite, une femme assise au centre face au soleil couchant
© Corinne Dumont 2026 — Sous la ligne de flottaison

Je n'ai pas construit cet iceberg comme un modèle théorique.

Il est plutôt le résultat d'un long chemin de réconciliation avec moi-même, avec certaines parts de mon histoire et de celle de mes ancêtres, avec la vie et, peut-être aussi, avec la mort.

J'ai commencé à tirer des fils dans des choses parfois minuscules.

Un jour, par exemple, j'ai remarqué que lorsque j'allais au restaurant avec quelqu'un, j'avais presque systématiquement le réflexe de proposer de payer.

Pourquoi ?

Je n'en savais rien.

Les fois suivantes, j'ai commencé à voir le mouvement arriver. Puis une autre question m'est venue :

Est-ce que j'en ai vraiment envie ?

Parfois oui.

Mais pas toujours.

Et j'ai fini par percevoir que ne pas proposer de payer pouvait me mettre mal à l'aise. Comme si j'étais redevable de quelque chose, sans raison objective.

J'ai tiré ce petit fil. Il m'a menée beaucoup plus loin que je ne l'aurais imaginé.

Voir ne suffisait pas

Dans d'autres situations, je voyais très bien certains schémas se répéter sans parvenir pour autant à en sortir.

Sous pression ou sous affect, je pouvais me suradapter, accepter longtemps ce qui ne me convenait pas, puis basculer dans l'autre sens et devenir tranchante.

Voir ne suffisait pas à me rendre libre.

Ce qui a commencé à changer quelque chose n'était pas une compréhension supplémentaire.

C'était beaucoup plus simple :

ralentir, respirer, ressentir.

Créer suffisamment d'espace pour entendre ce qui venait vraiment de moi.

Et parfois, à ma propre surprise :

Je ne sais pas.

Je ne sais pas de quoi j'ai vraiment envie.

Je ne sais pas ce qui me met vraiment en joie.

Mais je commençais au moins à sentir que certaines réponses connues de mon passé ne me convenaient plus.

Le Pacte invisible

À force de tirer certains de ces fils, je me suis retrouvée beaucoup plus loin que je ne l'aurais imaginé.

Certains appartenaient à mon histoire personnelle. D'autres se manifestaient dans mes relations, dans les organisations, dans des systèmes plus larges.

Sequoia, cette aventure entrepreneuriale commencée à trois, née d'une intuition puis d'une conviction intérieure très forte — presque un appel — en est devenu un énorme révélateur.

À mesure que l'entreprise grandissait, des systèmes apparaissaient aussi : des manières de décider, des rapports de pouvoir, des intérêts, des règles, des attentes, des loyautés.

Et je me suis progressivement sentie de plus en plus contrainte à l'intérieur de certains de ces systèmes.

Je le ressentais physiquement : comme un poids énorme coincé dans la gorge et le haut de la poitrine. Une respiration courte, haute, empêchée d'aller jusqu'au bout. Et comme une entrave aux mouvements spontanés de mon corps.

Ce qui se jouait autour de moi entrait aussi en résonance avec ce qui se jouait en moi : mes croyances, mes conditionnements, mes loyautés, mes propres mécanismes d'adaptation.

Puis, à un moment, j'ai senti un nouvel appel.

Cette fois, il me poussait à regarder du côté de mon héritage familial.

Je ne savais pas encore précisément ce que j'allais y chercher ni ce que j'allais y trouver.

Mais assez vite, un nom s'est imposé à moi :

Le Pacte invisible.

Peu à peu, certains fils ont commencé à apparaître autrement. Des histoires, des répétitions, des héritages qui semblaient avoir commencé bien avant moi et continuaient pourtant à résonner dans le présent.

Pas comme une explication unique.

Plutôt comme une profondeur supplémentaire de l'iceberg.

Mais aujourd'hui, ce n'est plus seulement cette face-là de l'invisible qui m'intéresse.

Et sous le chaos ?

J'ai la conviction qu'il existe aussi, chez beaucoup d'êtres humains, du bon et du beau encore sous la surface.

Dispersé.

Parfois difficile à percevoir.

Des intuitions. Des élans. Des gestes. Des rencontres. Des idées. Des façons différentes de créer, de décider, de nous relier.

Des graines minuscules qui n'ont pas encore germé.

Peut-être ne s'agit-il pas de fabriquer tout cela.

Peut-être s'agit-il aussi de créer suffisamment d'espace pour que ce qui existe déjà puisse émerger.

Je ne sais pas ce que cela produira. Et je ressens de moins en moins le besoin de le savoir à l'avance.

Peut-être est-ce aussi cela, retrouver notre juste place. Ne plus proposer de payer, par réflexe. Attendre de savoir si j'en ai vraiment envie.