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Qu'est-ce qui permet au nouveau d'émerger ?

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ÉMERGENCE · RENCONTRE · CRÉATION

Qu'est-ce qui permet au nouveau d'émerger ?

6 octobre 2026

En partageant récemment un post d'expert en matière de transmission d'entreprise, une autre question m'est venue : que transmettons-nous avec le patrimoine visible ?

En partageant récemment un post d'expert en matière de transmission d'entreprise, une autre question m'est venue :

Que transmettons-nous avec le patrimoine visible ?

Une entreprise transmet des titres, des contrats, une valeur financière. Mais aussi une histoire, une culture, des relations, des habitudes, des loyautés, parfois des non-dits.

Ces deux regards ne s'opposent pas.

Nous regardons simplement la même chose depuis deux endroits différents.

Et de là, une autre question apparaît :

Que peut faire émerger la rencontre de deux regards qu'aucun des deux n'aurait imaginé seul ?

Quand une idée devient « moi »

Cela paraît simple.

Ça l'est beaucoup moins dans la réalité.

Nous nous identifions facilement à nos idées, à nos convictions, à notre expertise, à nos projets. Elles finissent parfois par participer à la réponse que nous donnons à cette vieille question :

Qui suis-je ?

Dès lors, lorsqu'un autre regard arrive, ce n'est plus seulement une idée qui en rencontre une autre.

Quelque chose de notre identité peut se sentir menacé.

Alors nous défendons notre vision. Nous cherchons à convaincre. Nous essayons parfois de faire entrer l'autre dans notre cadre.

Et la rencontre devient une bataille dans laquelle quelqu'un doit avoir raison.

J'ai souvent rencontré cela dans ma vie professionnelle.

On venait chercher mon expérience, mon avis, parfois me proposer de devenir partenaire d'un projet.

Dès que mon regard ouvrait un espace qui dépassait le cadre déjà imaginé, je percevais parfois, explicitement ou entre les lignes :

Ne nous éparpillons pas.

Ou encore :

Mets-toi au service du projet.

Ce n'était pas nécessairement une dévalorisation de ce que j'apportais. Au contraire.

On pouvait reconnaître la valeur de mon expérience tout en souhaitant qu'elle s'exerce à l'intérieur d'un territoire déjà dessiné.

Et j'ai probablement fait la même chose moi-même.

Lorsque j'ai développé Sequoia, j'avais une vision très forte de ce que je voulais créer. Quand je sentais qu'elle risquait d'être réduite ou détournée, je pouvais devenir très catégorique pour la préserver.

La question n'est donc pas de savoir qui avait raison.

Elle est peut-être plus intéressante :

Comment tenir une vision sans devoir s'y accrocher au point qu'aucune autre ne puisse réellement la rencontrer ?

A rencontre B

Stephen Covey parlait de Third Alternative : dépasser l'opposition entre ma solution et la vôtre pour en faire apparaître une troisième.

Cette idée m'a longtemps accompagnée.

Aujourd'hui, je la formulerais autrement.

A n'a peut-être pas besoin de devenir B.

B n'a pas besoin de gagner contre A.

Et leur rencontre n'a même pas nécessairement à produire un C.

Elle peut ouvrir C₁, C₂, C₃… des possibilités qui n'étaient contenues ni dans A ni dans B.

Cette question prolonge celles qui m'ont occupée dans mes précédentes explorations. Je me suis demandé où finissait le monde extérieur et où nous commencions. Puis de quoi nous héritions réellement.

Une autre question se présente maintenant :

qu'est-ce qui permet à quelque chose qui n'existait pas encore de prendre forme ?

Peut-être faut-il commencer par lui laisser de la place.

Or nous avons une habitude presque inverse : face à une situation, nous cherchons très vite à définir le problème pour pouvoir le résoudre.

Et si, ce faisant, nous réduisions parfois le champ avant même d'avoir regardé ce qui cherchait à apparaître ?

Et s'il n'y avait pas de problème ?

Nous avons appris à résoudre des problèmes.

Nous sommes même devenus remarquablement efficaces pour cela.

Face à une situation, nous demandons :

Quel est le problème ?

Puis :

Quelle est la solution ?

C'est évidemment indispensable dans de nombreuses circonstances.

Mais que se passe-t-il lorsque nous appliquons automatiquement ce raisonnement à des êtres humains, à des organisations, à des sociétés, au vivant ?

Avant même d'avoir trouvé la solution, nous avons déjà accompli un geste considérable :

nous avons décidé qu'il y avait un problème.

Et si nous commencions un peu plus tôt ?

Avant de nommer.

Avant de découper.

Avant de résoudre.

Simplement :

Qu'est-ce qui se passe ici ?

Et si ce que nous appelons un problème était seulement la partie que nous parvenons à voir depuis l'endroit où nous nous trouvons ?

Les murs

Cette question me ramène à un lieu très concret : Central Gate, l'ancien immeuble Shell à Bruxelles, construit en 1934 par mon arrière-grand-père Alexis Dumont avec l'architecte Marcel Van Goethem.

Parmi les bâtiments auxquels mon arrière-grand-père a participé, c'est celui-là qui m'a attirée.

Bien avant que je sache vraiment pourquoi.

Alors j'ai cherché.

Cette recherche m'a conduite vers des archives, des correspondances et des éléments de mon histoire familiale, mais aussi vers une histoire beaucoup plus large que la mienne.

Certaines de mes découvertes sont factuellement établies.

D'autres restent des intuitions.

Parmi elles, une intuition ne m'a jamais vraiment quittée : des documents appartenant à ma famille ont pu être cachés dans ces murs pendant la guerre.

Je ne sais pas si c'est vrai.

À l'époque, lorsque j'en avais parlé aux propriétaires du bâtiment, j'avais simplement évoqué un souvenir de famille.

Et j'ai voulu aller voir.

Littéralement.

Ouvrir les murs.

J'aurais pu aller beaucoup plus loin.

Chercher les experts, financer les études, préciser l'endroit où ouvrir, rassembler davantage de preuves, construire un dossier toujours plus solide.

Je sais très bien faire cela.

J'aurais de nouveau pu devenir l'orchestre, le chef d'orchestre et le sur-chef d'orchestre.

J'aurais investi du temps, de l'énergie et de l'argent pour réunir, de mon côté, toutes les conditions que je pouvais réunir.

Mais il en manquait une, fondamentale : la rencontre avec celui dont dépendait finalement la décision d'ouvrir les murs.

Et pour essayer d'obtenir cette rencontre, il aurait fallu recommencer à convaincre. Relancer. Pitcher. Démontrer. Prouver que cette histoire méritait qu'on lui ouvre une porte — ou, en l'occurrence, un mur.

Or je ne voulais plus convaincre.

Je ne savais pas encore très bien ce que je voulais faire à la place. Mais je savais que je ne voulais plus dépenser mon énergie à me contorsionner pour obtenir de l'autre le mouvement dont j'avais besoin.

Alors j'ai arrêté.

Pas seulement d'essayer d'ouvrir les murs.

J'ai arrêté de chercher à l'extérieur.

Les murs sont restés fermés.

Et curieusement, c'est à ce moment-là que ma recherche a commencé à ouvrir tout autre chose.

Le regard s'est retourné.

Non plus seulement vers ce qui pouvait être caché dans un bâtiment, dans des archives ou dans l'histoire familiale, mais vers ce que cette quête elle-même venait toucher en moi.

Je n'avais pas trouvé ce que je cherchais. Mais la recherche avait changé de direction.

Créer collectivement les conditions

Ce déplacement m'a conduite ailleurs.

Vers d'autres questions, d'autres rencontres, l'écriture, des images, des histoires, des rapprochements.

Je cherchais quelque chose dans un mur.

Je n'avais certainement pas prévu ce qui allait en sortir.

Et c'est peut-être là que ma manière de regarder les choses a changé.

J'ai longtemps su voir très loin, puis imaginer presque immédiatement toutes les étapes nécessaires pour rejoindre ce que je voyais.

Parfois jusqu'à essayer de faire aussi celles qui appartenaient aux autres.

Aujourd'hui, je m'intéresse davantage à autre chose :

créer les conditions sans prétendre produire moi-même le résultat.

Cela ne signifie pas ne plus avoir de vision.

Ni renoncer à agir.

Ni attendre que les choses arrivent toutes seules.

Mais peut-être faire ce qui nous appartient sans décider à l'avance de ce qui doit en résulter.

Et lorsqu'il s'agit de créer avec d'autres, quelque chose s'ajoute encore.

On ne crée pas ensemble les conditions de quelque chose en demandant à l'un de fabriquer seul le terrain sur lequel l'autre acceptera peut-être de venir.

Une rencontre suppose un mouvement des deux côtés.

Et dans le réel ?

Je regarde parfois le monde qui nous entoure et je le trouve profondément abîmé.

Et pourtant, nous n'avons probablement jamais disposé d'autant de connaissances, d'expertises, de capacités de calcul, de technologies et de solutions.

Alors peut-être pourrions-nous, de temps en temps, résister quelques instants à notre formidable capacité à résoudre.

Laisser un peu d'espace à ce que nous n'avions pas prévu.

Je ne sais pas ce qui émergera de cet espace.

Mais peut-être est-ce justement pour cela qu'il vaut la peine de le laisser ouvert.

Qu'est-ce que ma manière de regarder m'empêche de voir, concrètement ?

Façade de Central Gate, ancien immeuble Shell à Bruxelles, inscription SHELL encore visible en relief sur la pierre, ciel bleu
Central Gate, ancien immeuble Shell, Bruxelles — 25 juin 2024. © Corinne Dumont

Cette réflexion appartient à une recherche plus large — Cherchons ensemble.

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